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La saison cyclonique 2004-2005 du bassin Océan Indien Sud-Ouest

Résumé de la saison cyclonique 2004-2005
La saison cyclonique a débuté le 7 novembre 2004 avec la formation de la tempête tropicale Arola, c'est à dire 7 jours après la date de début de saison,
le 1er novembre et s'est terminée avec le cyclone tropical Juliet se dissipant le 14 avril 2005 soit 1 mois et 16 jours avant la date de fin de saison, le 31 mai
Il y a eu 10 systèmes tropicaux nommés avec 6 tempêtes tropicales & 4 cyclones tropicaux
Une saison normale
(moyenne : 10 systèmes dont 5 cyclones)
Les systèmes les plus forts ont été Bento & Juliet avec une pression de 905 hPa et des vents de 252 km/h
Noms pour l'année : Arola, Bento, Chambo, Daren, Ernest, Felapi, Gerard, Henni, Isang, Juliet, Kalo, Lilian, Madi, Neddy, Ouledi, Patricia, Qiqita, Ramon,
Sopani, Tina, Ula, Vera, Willem, Xaoka, Yelda, Zuze

Carte 2004-2005 des systèmes tropicaux
La saison cyclonique débute officiellement le 1er novembre et se termine le 31 mai
Les sigles cyclones sur la trajectoire d'un système représentent la position du système toutes les 24 heures à 0h00 UTC
Sur la carte certains systèmes apparaissent en plus (ex : 02S )
Ce sont en fait des systèmes qui n'ont pas été nommés officiellement mais qui ont été suivis par le JTWC
Détails saison 2004-2005
Nom
Date
Pression minimum
en hPa
Vent maximum
en surface
en km/h
AROLA
7 - 13 novembre
976
111
Forte tempête tropicale
20 - 30 novembre
905
252
Cyclone tropical très intense
CHAMBO
23 décembre -
02 janvier
945
158
Cyclone tropical
17 - 25 janvier
940
183
Cyclone tropical intense
DAREN
17 - 22 janvier
988
75
Tempête Tropicale modérée
FELAPI
26 janvier - 02 février
995
65
Tempête tropicale modérée
GERARD
28 janvier - 5 février
973
112
Forte Tempête Tropicale
HENNIE
21 - 29 mars
980
120
Forte Tempête Tropicale
ISANG
29 mars - 7 avril
975
111
Forte tempête tropicale
31 mars - 14 avril
905
252
Cyclone tropical très intense





Résumé de la saison par le CMRS de la Réunion

D’un point de vue purement comptable, on peut dire que la saison cyclonique 2004-2005 a présenté une activité proche de la normale
Pour autant, la qualifier de saison normale apparaît quelque peu en décalage avec le vécu réel de cette saison
Ce serait, en effet, faire abstraction de l’aspect qualitatif de son contenu et de son déroulement, dont il ressort une impression assez différente
Si l’on devait choisir un qualificatif plus représentatif du comportement de cette saison, on opterait plutôt pour "bizarre"
L’étrangeté de cette saison cyclonique provient essentiellement de la nature et du mode de genèse des phénomènes observés durant le cœur de la saison
L’absence de développement de cyclone tropical sur le Sud-Ouest de l’océan Indien durant tout le premier trimestre 2005 (Canal de Mozambique mis à part) a,
en particulier, été des plus singulières

En terme d’impact sur les terres habitées, cette saison 2004-2005 a été beaucoup plus clémente que la précédente pour les populations de la région
Si le Sud malgache a été éprouvé par les passages consécutifs d’ERNEST et de FELAPI, le bilan humain et économique a toutefois été sans commune mesure avec celui enduré
par la Grande Ile lors de la saison précédente

Dix-huit systèmes dépressionnaires ont fait l’objet de l’émission de bulletins par le CMRS de La Réunion, soit un nombre légèrement supérieur à celui constaté
lors des exercices antérieurs

Mais les cyclogenèses ont souvent été laborieuses et le taux de conversion en phénomènes matures a affiché au final un rendement d’une efficacité très modérée
Dix systèmes ont tout de même atteint le stade de tempête tropicale, soit un nombre identique à celui de la saison précédente et en conformité avec la normale
du bassin, qui est de neuf tempêtes

Parmi ces dix tempêtes, quatre se sont transformées en cyclone tropical, une proportion également très proche de la normale
(en moyenne climatologique, un peu moins de la moitié des tempêtes parvient au stade de cyclone tropical sur le bassin)
Qui plus est, ces quatre cyclones ont été en moyenne de forte intensité, trois d’entre eux étant classés cyclone tropical intense, voire très intense
Ces quatre cyclones ont, en outre, eu une durée de vie suffisante pour assurer un total de 20 jours cycloniques
(nombre de jours cumulés avec la présence d’un cyclone tropical sur zone), soit un nombre rigoureusement égal à la moyenne climatologique
Deux météores se sont maintenus plus de cinq jours au stade de cyclone tropical (BENTO et JULIET), ce qui n’était pas arrivé depuis la saison 2001-2002
Mais si l’on examine encore plus dans le détail l’activité perturbée, il apparaît que celle-ci a en fait été globalement inférieure à la normale, puisque l’on ne recense que
44 jours cumulés avec la présence, sur la zone du Sud-Ouest de l’océan Indien, d’un système dépressionnaire d’intensité au moins égale
à la tempête tropicale modérée, alors que la moyenne se situe à 53 jours
(pour une médiane de 48)
Cette relative faiblesse s’explique par le fait que les six tempêtes n’ayant pas évolué en cyclone tropical, ont eu un impact assez faible en terme de nombre de jours
d’activité perturbée à une intensité significative, ne représentant que 19 jours d’activité cumulée sur les 44 cités précédemment

La répartition quelque peu inhabituelle de l’activité cyclonique au cours de la saison a constitué une des bizarreries de cette saison
Après un début de saison plutôt actif et précoce, la suite de la saison a été beaucoup plus poussive
Le cyclone tropical JULIET, cyclone de forte intensité et à la trajectoire parabolique d’école, a tout de même cloturé en beauté la saison, cette fois-ci à
une date normale pour une fin de saison, après trois années consécutives tardives qui s’étaient prolongées jusqu’en mai

Pour ce qui est du début de saison, la première tempête tropicale de la saison -AROLA- a, pour la quatrième année consécutive, été baptisée avant le 15 novembre,
date correspondant à la date de la médiane pour ce qui est du début de la saison cyclonique
(le premier système dépressionnaire significatif se forme une année sur deux avant cette date)
Mais on doit faire remonter le vrai démarrage de la saison beaucoup plus tôt, dès le 30 août, en plein hiver austral, avec la formation du premier système dépressionnaire
sur l’extrême Est du bassin du Sud-Ouest de l’océan Indien
Cette perturbation ayant rapidement quitté la zone de responsabilité du CMRS de La Réunion, pour la zone Sud-Est de l’océan Indien sous responsabilité australienne,
elle a été nommée PHOEBE le 2 septembre par le Centre de Perth, devenant à l’occasion la première -et excessivement précoce- tempête tropicale
de la nouvelle saison de l’hémisphère Sud

Dans la continuité d’un début de saison actif, deux cyclones se sont ensuite formés avant la fin de l’année, le premier d’entre eux se développant dès le mois de novembre
et pas n’importe quel cyclone !
Après un creusement explosif, BENTO a atteint une intensité exceptionnelle pour un début de saison, venant titiller le cyclone AGNIELLE pour le record d’intensité
du bassin en novembre et devenant dans le même temps le cyclone le plus intense jamais observé dans le Sud-Ouest de l’océan Indien au nord du 10ème parallèle Sud (tous mois confondus)

Après un démarrage sur des bases aussi élevées, le cœur de la saison s’est ensuite révélé, par contraste, anormalement improductif en systèmes matures
Aucun cyclone tropical ne s’est en effet manifesté sur le bassin durant tout le premier trimestre 2005, exception faite du seul ERNEST
Unique cyclone tropical référencé durant cette période, celui-ci s’est développé dans le Canal de Mozambique, ce qui revient à dire que la partie océan Indien proprement dite,
est demeurée exempte de tout phénomène cyclonique caractérisé de janvier à mars
Si un tel fait n’est pas sans précédent, il n’en constitue pas moins une anomalie évidente, puisqu’il ne s’agit que du quatrième événement de cette nature à survenir
sur les 40 dernières années d’observation
(après les premiers trimestres de 1974, 1983 et 1985)
Cette carence en cyclones tropicaux n’a pas été synonyme de pénurie de systèmes dépressionnaires. Bien au contraire, mais en lieu et place des météores classiquement observés sur le bassin, se sont succédé une kyrielle de phénomènes d’intensité faible à modérée, issus de cyclogenèses particulièrement laborieuses et intervenues, pour certaines, selon des modes très inhabituels pour le bassin
On a ainsi vu plusieurs tempêtes tropicales se former à partir de circulations dépressionnaires très larges à l’origine, associées à un talweg de mousson aux caractéristiques
plus proches de ce que l’on observe habituellement dans le Pacifique Nord- Ouest
La Zone de Convergence Intertropicale d’extension méridienne relativement limitée que l’on observe généralement sur le bassin a, en effet, laissé place durant de longues semaines
à une vaste zone de basses pressions extrêmement large, occupant quasiment tout l’espace tropical, jusqu’à des latitudes beaucoup plus élevées qu’à l’accoutumée
Les alizés étaient dans le même temps rejetés très au sud et très affaiblis
Il est résulté de cette situation durable, une forte anomalie négative de pression sur la zone au sud des Mascareignes durant les mois de février et mars
(culminant à 4-5 hPa en moyenne mensuelle)
Cet empiétement marqué des basses pressions équatoriales sur les latitudes sud, a eu pour conséquence de faire que les systèmes dépressionnaires formés durant cette période
ont quasiment tous atteint leur maximum d’intensité bien au sud du 20ème parallèle Sud, ou même du 25ème parallèle Sud, alors que la norme du bassin situe habituellement
le maximum d’intensité de ces phénomènes au nord de 20° Sud La tempête tropicale GERARD a constitué l’archétype de ce type d’évolution "baroque" :
cyclogenèse peu banale à partir d’une dépression de mousson, et maximum d’intensité atteint aux abords de 30°Sud
L’absence de cyclone tropical durant toute cette période s’explique pour bonne part par ce décalage marqué de l’activité perturbée vers les latitudes septentrionales,
les systèmes dépressionnaires s’intensifiant trop au sud pour avoir le temps d’atteindre le stade de cyclone tropical avant d’être confrontés au courant perturbé d’ouest et à l’accroissement résultant du cisaillement vertical de vent


Les cyclogenèses se sont clairement focalisées majoritairement sur l’Est du bassin

Parallèlement les trajectoires avec recourbement (paraboliques ou pseudo-paraboliques) ont largement dominé,
les seules trajectoires pouvant être qualifiées de zonales étant celles d’AROLA et de DAREN
Il s’agit là de la configuration la plus favorable en terme de réduction des risques pour les terres habitées, concentrées elles sur l’Ouest du bassin.

De fait, peu de phénomènes ont effectivement menacé ou influencé les différentes îles de la zone, le continent africain étant demeuré pour sa part, comme lors de la saison précédente, totalement à l’écart de toute perturbation
Les Mascareignes n’ont pas subi de dommages importants, l’île Rodrigues ayant été épargnée par JULIET
Quelques phénomènes dépressionnaires ont toutefois occasionné des épisodes de fortes pluies, le plus conséquent ayant affecté l’île Maurice, y causant des inondations
au passage d’HENNIE
ERNEST est passé directement sur l’île de Mayotte, mais était alors en début de phase d’intensification, d’où une influence modérée
Tel n’a pas été le cas pour le Sud de Madagascar, qui a subi plus franchement l’impact du météore, dont le centre a effleuré la côte
Vents forts et inondations causées par les fortes précipitations associées, ont fait un nombre indéterminé de victimes (plusieurs dizaines), de nombreux pêcheurs non informés
de l’arrivée du cyclone ayant notamment été pris par surprise
Les conséquences du passage d’ERNEST, en particulier les inondations, ont ensuite été aggravées par l’arrivée sur la même zone géographique de la tempête tropicale FELAPI, seulement quelques jours p
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